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Chapitre 9 : Un mercredi sans fin

Plus j'y réfléchissais et plus je comprenais que c'était maman qui avait combiné le truc. Une fois Marie partie, ce n'était plus la peine de jouer la comédie. J'ai attaqué :
- Tu savais que je venais ?
Il s'est un peu tortillé.
- tu savais que je venais ! Faut pas se faire chier. T'as parlé de moi dans mon dos avec ma mère ! Tu changes pas.

Et j'ai foncé vers la sortie. Evidemment il a foncé derrière moi en criant "Elise, Elise". Et tout le monde s'est tourné vers nous. L'affiche totale.

Je me suis arrêtée. Ca ne servait à rien de fuir. Il fallait régler le problème une fois pour toutes. Pas question d'aller discuter en public à la cafétéria. J'ai proposé à Jonlan une promenade.

Jonlan, ça s'était fait juste après l'affaire de l'internement. Nous étions dans le même lycée, moi en seconde et lui en première. Nous étions aussi dans le même club de sport mais nous ne nous connaissions pas.

Nous nous étions rencontrés quand j'avais changé de grade au tae kwon do et que j'avais eu le droit de suivre les mêmes entraînements que lui. Loin derrière, parce que lui était ceinture noire et moi rouge et noire.

Après, ça avait été très vite entre nous. Nous avions beaucoup de goûts communs. Et puis, il me plaisait et je lui plaisais. Chez lui aussi, ils étaient 4 enfants et il était l'aîné. Il avait une soeur de 9 ans et deux petits frères qui maintenant devaient avoir un an. Son père était finlandais et sa mère coréenne. C'est elle qui avait voulu qu'il fasse du tae kwon do. Elle était minuscule et son mari gigantesque. Mais, sans conteste, la chef c'était elle. Lui c'était un gentil nounours. Elle était chercheuse et lui designer.

Nous nous voyions à l'occasion des entraînements. Après les cours, nous passions du temps ensemble chez lui ou chez moi, avant le retour de nos parents. Nous avons aussi passé du temps ensemble dans le parc de la cité u, au cinéma, à des expos. Mais nous ne nous affichions pas. Pas mon genre. Ca le gênait. Il avait beau être à moitié asiatique, il était beaucoup plus démonstratif que moi. Il aurait aimé que nous marchions main dans la main dans la rue ou des trucs comme ça, que je dine chez lui de temps en temps et lui chez moi. J'ai refusé sèchement.

Peu de temps après le début de notre histoire, maman a rencontré un ébéniste finlandais. Elle a tourné un reportage sur son travail et elle est tombée sous le charme.

Elle nous l'a amené avec l'air de celle qui était persuadée de nous faire le cadeau du siècle. L'accueil a été frais, très frais. Elle a compris qu'il ne fallait pas trop nous imposer sa présence. Et, du coup, nous l'avons moins vue elle ! Enfin surtout nous les filles parce qu'ils avaient mis Emile dans leur camp. Outre qu'il était trop petit à la mort de papa pour avoir des souvenirs de lui et le regretter, il adorait bricoler. Et le copain de maman le recevait tous les mercredis dans son atelier et le laissait jouer avec des bouts de bois et des outils. J'avais abordé le sujet des risques que cette activité faisait courir à Emile avec maman. Je m'étais fait jeter.

A la rentrée, Jonlan a changé de lycée pour aller en sport études. Ca m'a attristée. Pas longtemps.

Un soir, avant le diner, maman m'a parlé de Jonlan. Elle avait été invitée la veille à diner chez ses parents. Son ébéniste était très ami avec le père, ils se connaissaient depuis leurs études en Finlande. Et là, elle m'a sorti un blaba psychologisant à deux balles qui m'a donné envie de vomir.
- Elise j'ai appris que tu avais un petit ami. Je suis vraiment contente. Je m'inquiétais. J'avais peur qu'à cause de la mort de ton père, tu restes bloquée.

Elle devait aussi espérer que ça me ferait accepter plus facilement le coup de l'ébéniste. Elle me parlait sur un ton niais, doucereux, insupportable.
- Dommage pour toi, c'est fini entre nous. Va falloir que tu mettes à jour tes infos.

La discussion avec Jonlan le lendemain avait été orageuse :
- Mais enfin Elise, je t'aime, je le raconte, c'est normal.
Je m'étais étouffée de rage. Naturel. Et alors tout le monde commentait mes faits et gestes. Et ils allaient pouvoir suivre en direct l'évolution de la relation et si nous décidions d'aller plus loin, ils seraient tous au courant. Gerbant. De rage, je lui avais balancé une claque. Il était parti sans un mot.

C'était le moment des inscriptions sportives. J'en avais profité pour changer de club.

Jonlan m'avait appelée plusieurs fois. J'ai refusé de lui parler. Il a arrêté de téléphoner.

Et là, voilà qu'il me racontait qu'il avait eu une autre copine, mais que ça n'était pas possible. C'est avec moi qu'il voulait être et que je n'avais pas vraiment de raison de ne pas être d'accord.
- Bien sûr que si.
- Bien sûr que non, Elise. Tu m'aimes, j'en suis sûr.
- T'es bien prétentieux !
- Si tu ne m'aimais pas, c'est la première chose que tu me dirais. Tu ne t'emmerderais pas à me parler d'autre chose. Je ne peux pas accepter que tu flingues notre histoire sans vraie raison.
- Tu devrais !
- Non. Elise, je suis allé voir un psy pour parler de toi. Il veut bien nous recevoir tous les deux.
- Mais tu es nase. Dans tes rêves que je vais aller chez le psy avec toi.
- De quoi as-tu peur Elise ?
- De rien.
- Alors tu n'as pas de raison de ne pas venir.
- T'as combiné ça avec ma mère.
- Non Elise, j'ai juste parlé à ta mère de l'expo et dit que ce serait une bonne idée que tu y ailles, que ça te plairait et elle m'a téléphoné pour me dire qu'elle avait acheté des places pour aujourd'hui.

Bref, il a réussi à me convaincre et c'est comme ça que je me suis retrouvée à dix huit heures chez le psy à une séance de thérapie conjugale alors que je n'avais encore jamais couché avec un garçon.

Et ce mercredi diabolique n'était pas encore fini.

 
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